Taïwan : les menaces de la Chine se perpétuent

Alors que le nouveau président de Taïwan a prononcé son discours d’investiture, ce mardi 21 mai, Pékin menace une nouvelle fois l’île de « représailles ». Taïwan tente de survivre et de se légitimer sur la scène internationale pour garantir son autonomie.

Il s’agit d’un « système démocratique résilient ». Telles sont les paroles du secrétaire d’État américain, Antony Blinken qui a félicité l’arrivée du président de Taïwan. Cependant, le discours d’investiture du nouveau président taïwanais, Lai Ching-te, n’a pas plu à la Chine qui a menacé Taïwan de « représailles » ce mardi 21 mai. Le nouveau président expliquait vouloir « appeler la Chine à cesser ses intimidations politiques et militaires à l’encontre de Taïwan » mais, Wan Yi, ministre chinois des affaires étrangères exprimait que « l’unification de la Chine » était « irréversible ».  Pour Pékin, les propos sont inacceptables car ils représentent un « aveu de l’indépendance » de l’île. Les tensions entre Pékin et Taipei ne sont pas nouvelles et s’encrent au cours de la guerre civile chinoise.

Carte de Taïwan et de la Chine montrant la ligne médiane du détroit de Taïwan, démarcation non officielle car la chine ne la reconnait pas.
Carte de Taïwan et de la Chine montrant la ligne médiane du détroit de Taïwan, démarcation non officielle car la chine ne la reconnait pas. PHOTO D’ILLUSTRATION AFP / Jean-Michel CORNU, Patricio ARANA

La naissance d’une province rebelle

Les tensions ont commencé suite à la capitulation du Japon en 1945. Opposant les nationalistes du Kuomintang (KMT) de Tchang Kaï-chek et les communistes dirigés par Mao Zedong, la guerre civile chinoise a continué de faire des ravages. C’est finalement le gouvernement nationaliste qui a perdu du terrain face aux communistes soutenus par l’URSS. Une fois la république populaire de Chine proclamée par les communistes le 1er octobre 1949, les forces nationalistes se sont réfugiés à Taïwan. Elles ont établi le gouvernement de la République de Chine (ROC). De ce fait, les mois suivants, les tentatives de Pékin pour reprendre le contrôle des îlots ont toutes échouées. Et depuis cet instant, la Chine considère Taïwan comme une province rebelle et ne cesse d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule Chine qui englobe notamment Taïwan.

L’entrée de la Chine à l’ONU et la marginalisation de Taïwan sur la scène internationale

Washington est devenu un allié de Taïwan en 1950. Mais, dans les années 1960, la Chine communiste n’effrayait plus les États-Unis en rompant notamment ses liens avec l’URSS. En se développant économiquement et en regroupant un quart de la population mondiale, la République populaire de Chine est devenu de plus en plus indispensable. Des pays comme la France l’ont d’ailleurs reconnue dès 1964. Suite à la résolution 2758, l’ONU lui attribue un siège en 1971, au détriment de Taïwan, qui se retrouve exclu. À partir de cet instant, les relations des États-Unis à l’égard de Taipei sont devenues ambivalentes avec une politique « d’ambiguïté stratégique », puis avec la mise en place du Taiwan Relations Act. Ainsi, depuis 1971, Taïwan se retrouve toujours exclue de l’ONU, alors même que l’île dispose d’un gouvernement démocratique avec son drapeau, sa monnaie et sa culture.

 

Aujourd’hui, seuls 12 États daignent reconnaître Taïwan. Elle ne participe pas non plus aux réunions de la Banque mondiale, du Fonds Monétaire International et de l’Organisation Mondiale de la Santé. Taïwan fait cependant partie de l’Organisation mondiale du commerce depuis 2002.

Une série de cartes illustrant la lutte entre la Chine et Taiwan pour la reconnaissance internationale.
Lutte entre la Chine et Taiwan pour la reconnaissance internationale. @Universalis

Escalade des tensions sino-taïwanaises

La loi anti-sécession marque un tournant dans les relations entre les deux territoires. Adoptée en 2005, la loi permet d’employer des moyens « non-pacifiques » si Taïwan déclare l’indépendance. Mais, paradoxalement, l’année 2008 marque le retour des dialogues entre Pékin et Taipei. Un accord-cadre de coopération économique est signé, puis une rencontre est organisée à Singapour le 7 novembre 2015, une première depuis 1949.

En 2016, l’indépendantiste Tsai Ing Wen, du Parti démocratique progressiste (PDP) est élu présidente à Taïwan. Cependant, suite à cette nouvelle, Pékin a suspendu toute communication avec Taïwan et en octobre 2020, Xi Jinping demande à son armée de « se préparer à la guerre ». La Chine commet donc les premières violations de l’espace aérien de Taïwan et cela a empiré en 2021 avec un record d’incursion. Suite à ces événements, Washington était prêt à défendre militairement Taïwan et en guise de  réponse face à cela, Xi Jinping préconisait au président américain de ne pas « jouer avec le feu », en plus de le menacer de « conséquences » si la visite de Nancy Pelosi à Taïwan se déroulai.

Cependant, les États-Unis n’ont pas pris compte de cet avertissement et Nancy Pelosi s’est rendue à Taïwan le 2 août 2022. Cette visite a suscité des représailles chinoises, avec des manœuvres militaires et des tirs de missiles au cours d’une semaine autour de Taïwan. Les États-Unis ont envoyé des navires de guerre dans le détroit et ont d’annoncé de nouvelles aides militaires pour l’île. Ensuite, la présidente taïwanaise s’est rendu aux États-Unis pour rencontrer le président de la Chambre des Représentants, Kevin McCarthy et une nouvelle fois, Pékin menace de représailles et annonce trois jours d’exercices militaires, dont un encerclement de l’île.

 

Le nouveau président taïwanais explique qu’il faut « démontrer notre résolution à défendre notre nation » car « l’ambition de la Chine d’annexer Taiwan ne disparaîtra pas simplement ». Ainsi, trouver un accord entre les deux territoires semble compromis et Taïwan n’a pas d’autres choix que de continuer à renforcer sa défense ainsi que ses alliances internationales pour assurer sa sécurité et son autonomie.

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ema.jaud

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