Nouvelle Calédonie : pourquoi Emmanuel Macron part pour Nouméa ?

La capitale de Nouvelle-Calédonie, Nouméa, est secouée depuis plus d’une semaine par de violentes émeutes. L’île est actuellement placée sous le régime de l’état d’urgence. Ce mardi soir, le président Emmanuel Macron s’est envolé pour la Nouvelle Calédonie.
Huit jours après le début d’émeutes sur l’archipel, le président français Emmanuel Macron est en déplacement en Nouvelle Calédonie pour “installer une mission”. Sa composition devrait être annoncée sur place. Cette décision a été annoncée par la porte-parole du gouvernement Prisca Thévenot, à l’issue du conseil des ministres mardi. Emmanuel Macron passera la journée de jeudi sur place. Il sera accompagné des ministres de l’intérieur, de la défense et des outre-mer. L’objectif est de “renouer le fil du dialogue” politique et d’“anticiper la reconstruction” économique, a récapitulé le premier ministre Gabriel Attal devant l’Assemblée nationale, suite à cette annonce.
Pour aller plus loin : Nouvelle-Calédonie : le projet de loi constitutionnelle sur le dégel du corps électoral adopté par l’Assemblée nationale. LCP – Assemblée Nationale.
Mais quelles sont les origines de ces émeutes ?
Les tensions sont apparues le 13 mai, lorsque l’Assemblée Nationale a rejoint le Sénat dans son approbation concernant une réforme du dégel électoral. Depuis une révision constitutionnelle en 2007, les listes électorales pour les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie sont gelées à leur état de 1998. Cette règle limite le droit de vote pour ces élections aux personnes qui vivaient dans l’archipel avant 1998, en excluant les arrivants récents, qui représentent aujourd’hui 20 % de la population. La réforme aboutirait à réintégrer 25 000 personnes à ces listes électorales spéciales, sur un total de 42 596 résidents qui en sont aujourd’hui exclus. Elle a pour projet d’intégrer, le 1er juillet 2024, les citoyens nés sur place ou y résidant depuis au moins dix ans.
La question communautaire est au cœur des tensions qui secouent l’archipel. La population est constituée d’un grand nombre d’ethnies différentes, créant des conflits. Les kanaks sont en majorité, représentant 40% des habitants. Ce sont les descendants des premiers habitants de l’archipel, avant la colonisation française.
En deuxième position, les “européens” se divisent en deux catégories et représentent 25% de la population. Premièrement il y a les “néo-calédoniens” d’origine européenne, descendants des colons blancs, appelés “Caldoches” par les kanaks. Il y a ceux arrivées récemment de France métropolitaine, généralement de manière temporaire, parfois appelés péjorativement “metro” ou “zoreill”. Enfin, 11,3% des résidents déclarent appartenir à différentes ethnies, le métissage est donc assez commun. Le reste de la population se compose de personnes issues de vagues d’immigration. Il existe parfois des rivalités entre ces différentes origines, notamment pour des raisons politiques.
Une réforme source de discorde
Cette révision se retrouve vivement contestée par les indépendantistes, qui redoutent une marginalisation des Kanaks. En incluant plus d’électeurs, leur pouvoir électoral sera fortement affaibli. En outre, les indépendantistes considèrent le gel du corps électoral comme un droit acquis depuis l’accord de Nouméa en 1998, tandis que le gouvernement détermine ce dernier comme étant obsolète depuis 2021. Une période de transition était entamée par un accord sur vingt ans, et s’est achevée avec le “non” au dernier référendum d’indépendance. Retour sur les événements marquants de ces derniers jours.
"L'état d'urgence a permis, pour la première fois depuis lundi, de retrouver une situation plus calme et apaisée dans le grand Nouméa, malgré les incendies d'une école et de deux entreprises"
Dans la nuit du 13 au 14 mai, des émeutes ont éclaté en Nouvelle-Calédonie : véhicules incendiés, blocage de rue… Des jeunes masqués ont affronté les forces de l’ordre, alors que les députés débattaient à Paris de la révision constitutionnelle. L’île a assisté à des violences inédites depuis près de quatre décennies. La nuit suivante, la réforme a été adoptée et le président de la République Emmanuel Macron appelait au calme. Les principaux partis politiques locaux ont fait de même de même. Les émeutes ont causé quatre décès en deux nuits. Par conséquent, l’état d’urgence a été déclaré suite à un conseil de défense. Le 14 mai, le gouvernement a alors décidé de bloquer l’accès au réseau social TikTok sur l’île.
En Nouvelle-Calédonie, la situation reste très tendue, avec des pillages, des dégradations et des violences inacceptables. Deux gendarmes sont tragiquement décédés. Je pense à eux, à leurs proches, à toutes les forces de l’ordre dont l’engagement est exemplaire.
Cette situation…
— Gabriel Attal (@GabrielAttal) May 16, 2024
Par la suite, le 17 mai, le haut-commissaire de la République, Louis Le Franc, a affirmé que "l'état d'urgence a permis, pour la première fois depuis lundi, de retrouver une situation plus calme et apaisée dans le grand Nouméa, malgré les incendies d'une école et de deux entreprises". Le lendemain, le passage de la flamme olympique en Nouvelle -Calédonie, prévu le 11 juin, a été annulé. Le bilan était alors passé à six morts ainsi que des centaines de blessés.
Une incidence politique
Dans les jours qui ont suivi, les indépendantistes ont mis en place des blocages pour entraver le ravitaillement de l’île. La gendarmerie les désinstallait, mais cela n'a pas fonctionné pas de manière durable.
L’ampleur des violences a altéré un accord provisoire négocié en coulisses entre Sonia Backès, cheffe de file des non-indépendantistes, et Daniel Goa, président de l’Union calédonienne (UC), la principale tendance du FLNKS, le Front de libération nationale kanak et socialiste. Cela devrait permettre à l’ensemble des partis néo-calédoniens de rechercher un accord plus large. Le gouvernement a pour sa part accepté de suspendre sa révision constitutionnelle.
Pour aller plus loin : « On avait l’impression de vivre ensemble » : « métros » et « zoreilles » disent leur effroi devant l’explosion des violences en Nouvelle-Calédonie. Le Monde.