League of Legends : dans l’esport, l’Europe accumule du retard sur l’Asie

League of Legends : dans l’esport, l’Europe accumule du retard sur l’Asie

À Chengdu, en Chine, 12 équipes dont 6 asiatiques se sont affrontées. Gen.G, structure coréenne, a remporté un nouveau titre international sur League of Legends en gagnant contre la structure chinoise Bilibili Gaming. Les performances décevantes des deux organisations européennes, terminant 8ème et 4ème, traduisent un écart trop important avec l’orient.

Le Mid-Season Invitational s’est conclu dimanche dernier sur une finale opposant deux équipes asiatiques. Surnommée MSI, cette compétition d’esport internationale sur le jeu League of Legends a rassemblé à Chengdu, en Chine, 12 équipes venant du monde entier. Gen.G Esports, première équipe de la ligue coréenne, est sortie gagnante contre Bilibili Gaming, en tête de la ligue chinoise. Un match entre colosses dominé par l’équipe coréenne, livrant une prestation maîtrisée.

Troisième région majeure derrière la Corée et la Chine, l’Europe était également présente. Le Vieux Continent, représenté par Fnatic et G2 Esports, a réussi à faire parler de lui malgré un résultat final frustrant. Fnatic s’est fait éliminer rapidement en perdant contre Gen.G et Team Liquid, une performance peu convaincante. G2 Esports s’est mieux débrouillé : après une partie perdue mais très accrochée contre T1 (deuxième équipe coréenne), l’équipe a redonné espoir à l’Europe et gagné en confiance pour la suite de la compétition. Ils ont ensuite rencontré le dauphin de la ligue chinoise, Top Esport et remporté la victoire.

Évidemment que nous sommes déçus, on pensait avoir enfin trouvé la solution pour gagner, on pensait que c’était faisable” – Romain Bigeard, manager général de G2 Esports

Leur épopée s’est finalement achevée sur un sadique 0-3, de nouveau face à T1. L’équipe a dû se contenter d’une quatrième place, considérée comme décevante par Romain Bigeard leur manager général “Évidemment que nous sommes déçus, on pensait avoir enfin trouvé la solution pour gagner, on pensait que c’était faisable”.

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Rasmus "Caps" Winther de l''équipe G2, après sa défaite contre T1 lors du MSI 2024
Rasmus « Caps » Winther  joueur de l’équipe G2, après sa défaite contre T1 lors du MSI 2024 © Riot Games

Des équipe européennes fortes, mais pas assez

Depuis 5 ans, G2 a gagné 10 saisons sur 14 dans sa ligue, ce qui en fait une équipe quasiment incontestée et la seule capable de rivaliser de temps à autre avec l’orient. Cependant, l’écart est encore trop grand pour que l’Europe puisse être une réelle menace.

Nombre de championnat du monde remporté par région

Et pourtant, en 2011, l’Europe était sacrée championne du monde de League of Legends avec la victoire de Fnatic. La raison est simple : à ce moment-là, le jeu venait tout juste d’être accessible en Asie, qui ne participait donc pas encore aux compétitions. À partir de 2012, l’Europe n’a plus jamais gagné les championnats du monde et l’Asie s’est imposée de manière dominante. Huit titres remportés par des équipes coréennes et trois par des équipes chinoises. Les meilleurs joueurs sont désormais tous asiatiques et certains sont même devenus des stars internationales reconnues.

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Le talent asiatique s'exporte

À court de solutions, les équipes du monde entier recrutent maintenant des joueurs asiatiques. Lors de la dernière saison, on comptait 6 Coréens et 1 Chinois sur environ 50 joueurs dans la ligue européenne majeure. D’un côté, l’Asie abonde en joueurs extrêmement doués, qui ne peuvent pas tous trouver une place dans leurs ligues respectives; de l’autre côté, l’Europe voit en eux des joueurs très disciplinés, qui nécessitent peu d’accompagnement et qui sont déjà très professionnels. La ligue turque est particulièrement adepte de cette pratique avec quatre équipes comportant deux joueurs coréens chacune.

Nombre de joueurs par nationalités en LEC


La différence entre l’Europe et l’Asie se fait aussi au niveau de l’éthique de travail.“J'ai été choqué de voir à quel point ils font ça de manière disciplinéesoulignait Zivsh, coach français dans une équipe coréenne, à propos de l’entraînement. En Asie, tout est analysé, optimisé et adapté à chaque joueur, par exemple, moins tu es bon, plus tu dois jouer et tout est fait pour inciter les joueurs à être irréprochables.

Un manque de professionnalisme

Agenda de préparation du MSI de l'équipe G Esports publié par Romain Bigeard
Agenda de préparation du MSI de l'équipe G2 Esports © Romain Bigeard

En Europe, G2 Esports est actuellement la seule équipe qui met publiquement en avant l’importance de l’éthique de travail pour rivaliser avec l’Asie. Romain Bigeard publie régulièrement l’agenda des joueurs en appuyant sur certains points qui lui semblent intéressants.“On fait le plus de matchs d'entraînement possible, expliquait-il suite au MSI. Mes joueurs ont montré une discipline excellente et un engagement total envers la compétition. [...] Nous allons continuer de travailler et nous finirons par les battre [les équipes asiatiques]”.

Des écarts au sein même des compétitions

L’Europe souffre aussi d’un format de compétition que certains qualifient d’inadapté. La plus grosse différence entre la ligue européenne (LEC) et les ligues asiatiques (LCK et LPL) est le nombre de parties jouées. Lors d’une saison régulière de LEC, chaque équipe joue 9 matchs, alors qu’en LCK et en LPL, environ 38 matchs sont joués par chaque équipe.

"Nous avons joué autant de BO5 (match de 5 manches) en 7 jours qu'en deux saisons de LEC"

- Romain Bigeard

Jouer les phases finales des compétitions est donc très important pour l’Europe, Romain Bigeard le soulignait suite au MSI : "Nous avons joué autant de BO5 (match de 5 manches) en 7 jours qu'en deux saisons de LEC". 

Cette année, les Worlds se dérouleront en Europe (Londres, Paris et Berlin), de quoi ajouter de la motivation aux équipes européennes. Romain Bigeard : “Quand ils débarqueront en Europe, quand viendra le temps de les vaincre devant notre public, nous serons prêts.”

thomas.cluzeau

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