Les tensions entre L’Espagne et l’Argentine se poursuivent

Les tensions entre L’Espagne et l’Argentine se poursuivent

Les récentes insultes échangées entre les dirigeants de l’Argentine et de l’Espagne remettent sur le tapis les tensions qui existent depuis longtemps entre les deux pays. Historiquement alliés sur le plan économique, la méfiance est de mise depuis 2001 et les investissements ibériques se retirent progressivement. 

Le ton est monté d’un cran entre Madrid et Buenos Aires, dégradant leurs relations diplomatiques et économiques. Le 19 mai, le président argentin Javier Milei a insulté l’épouse du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, la qualifiant de « femme corrompue« . L’Espagne a rappelé son ambassadeur tandis que l’Argentine a refusé de s’excuser, renvoyant la balle à Sánchez qui avait traité Milei de « xénophobe » et « misogyne« .

Des répercussions économiques attendues

Ces nouvelles tensions inquiètent les milieux économiques espagnols. Deuxième pays investisseur annuel en Argentine, l’Espagne craint un impact négatif sur ses entreprises comme BBVA, Santander et Telefonica. Celles-ci ont menacé d’abandonner leurs filiales locales à leur sort. Elles affirment avoir déjà essuyé des pertes cumulées de 3 milliards de dollars et refusent d’engager davantage de capital si un « plan économique viable » n’est pas mis en œuvre par Buenos Aires. Pour la plupart des entreprises ibériques, les difficultés rencontrées dans ce pays, qualifié de « boulet« , ont fait chuter leurs bénéfices sous la barre des 10%. En Espagne, ce phénomène est communément désigné sous le terme « effet tango ». Il s’agit d’un enchaînement en cascade, semblable à un effet boule de neige, déclenché par la crise argentine et qui impacte durement les grandes entreprises ibériques.

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Face à la détérioration de l’environnement des affaires et à l’instabilité politique et économique chronique en Argentine, le secteur privé espagnol remet en cause son engagement dans ce marché autrefois prometteur. Sans mesures fortes de la part des autorités argentines, un vaste mouvement de désinvestissement pourrait s’enclencher.

Un progressif retrait du capital ibérique d’Argentine

Conscient des pertes potentielles si l’Espagne se désengager du territoire argentin, Javier Milei a tenté d’apaiser les tensions mardi en déclarant :  

« Il existe depuis longtemps une relation structurelle, avec des entreprises espagnoles qui ont des investissements en Argentine et des liens culturels et économiques de toutes sortes, qui sont entretenus par les individus donc ces liens vont perdurer ». 

Mais le froid diplomatique entre l’Espagne et l’Argentine ne date pas d’hier. La crise financière argentine de 2001 a commencé à détériorer les relations économiques entre les deux pays. La dévaluation du pesos a entraîné dans sa chute celle du PIB de 25%, et l’explosion de la pauvreté à plus de 50%, a déclenché une vague de protestations populaires massives contre le gouvernement, jugé corrompu.

De son côté, le Santander Central Hispano (SCH, banque espagnole en Amérique Latine), la première banque du pays, a enregistré des gains de 10% pour l’an 2001, contre les 30% attendus. Depuis, les dirigeants de ces entités ont tous avertit que, jusqu’à nouvel ordre, ils n’investiraient pas un sou de plus en Argentine. A noter que les six grands groupes espagnols (les télécoms Telefonica, le pétrolier Repsol, les banques SCH et BBVA, la compagnie d’électricité Endesa, et Gaz Natural), très implantés là-bas, ont perdu 18 milliards d’euros depuis 2001. 

 

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Évolution du taux de change du peso argentin vers le dollar US à partir de décembre 2001. Crédit : Banque Centrale Argentine.

 

Le paroxysme de la crise diplomatique se situe en 2012 lorsque le gouvernement argentin nationalise le groupe pétrolier YPF, filiale de la compagnie espagnole Repsol. La réponse ne se fait pas attendre, l’Espagne suggère d’exclure l’Argentine des négociations entre le Mercosur et l’UE. Des pressions visant à faire exclure l’Argentine du G20 sont également envisagées par Madrid. De son côté, Buenos Aires a porté plainte contre Madrid auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). La dégradation des relations entre l’Espagne et l’Argentine a entraîné une baisse significative des investissements espagnols dans le pays. 

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Une exclusion croissante de l’Argentine

Les tensions diplomatiques récurrentes entre l’Espagne et l’Argentine semblent mener à un désengagement progressif des entreprises ibériques dans ce pays. Selon le 16e rapport annuel sur les investissements espagnols en Amérique latine, présentant les prévisions pour 2025, les destinations privilégiées par les entreprises espagnoles sont désormais le Mexique, la Colombie et la République Dominicaine. En revanche, l’Argentine arrive en tête du classement des pays où les taux de change sont les plus défavorables aux investissements. Le professeur Martínez Lazáro de l’IE University déplore que : 

« ces dernières années, l’Argentine s’est montrée, disons, plutôt hostile aux investissements étrangers« .

Cette tendance marque un revirement après des décennies d’investissements massifs espagnols dans ce pays auparavant considéré comme prometteur.

eva.grandvaud

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