Sixième couronnement pour Manchester City : décryptage de la méthode Guardiola
Arrivé en 2016, Pep Guardiola a changé le visage de Manchester City. Auparavant entraîné par Manuel Pellegrini, le club n’avait remporté que deux titres de champion d’Angleterre au 21è siècle. Ce sixième titre en sept ans devient l’apogée d’une identité de jeu bien définie, ainsi que d’un recrutement ciblé. Rétrospective de l’ascension offensive du City de Guardiola.
Manchester City n’en a pas fini d’étonner l’Europe. Le week-end dernier, en s’imposant face à West Ham par 3 buts à 1, le champion en titre renouvèle sa couronne pour une saison au moins. Au moins, car ces dernières années, City a consolidé sa domination en championnat. Arsenal, bourreau du géant Citizen, peut s’en mordre les doigts. Deuxième saison consécutive à accrocher City au classement, en vain.
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— Manchester City (@ManCity) May 19, 2024
La fin de l’ère Pellegrini laisse un goût amer aux Citizens. Les skys blues ratent la course au titre. Avec une fin de saison mitigée, ils terminent à la quatrième place du championnat. Pour le remplacer, l’espagnol Josep Guardiola s’installe sur le banc à partir de l’exercice 2016-2017. Mais l’effet du tacticien catalan ne se remarque qu’au cours de sa deuxième saison en Premier League. Au total, 100 points inscrits sur les 114 possibles. Une moyenne de 2,8 buts par match. Un premier titre de champion. Mais le hasard n’y est pour rien. Guardiola a su inculquer à ses joueurs une philosophie de jeu fondée sur des principes clairs et des joueurs talentueux, à commencer par le belge Kevin De Bruyne.
De Bruyne, adepte du demi-espace
Arrivé en 2015, Kevin De Bruyne a rapidement été utilisé par Guardiola pour développer son jeu de position. Milieu offensif doté d’une qualité de passe remarquable, De Bruyne est placé dans une position idéale : le demi-espace. Une position préférentielle permettant de multiplier les options de jeu : passe, frappe ou décalage. Situé entre l’axe du terrain et le couloir, le demi-espace est l’endroit privilégié pour un milieu offensif. “Il est clairvoyant. Il voit absolument tout”. Si Guardiola est élogieux à son sujet, c’est parce que le numéro 17 rend l’équipe plus forte. Ses 18 passes décisives en championnat cette saison parlent pour lui. Manchester City a désormais une arme redoutable placée dans les meilleures conditions. D'autres joueurs ont également participé à cette ascension tactique.
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Bernardo Silva, un nouveau souffle
Bernardo Silva arrive en 2017 à Manchester City en provenance de Monaco. Tout comme De Bruyne, le Portugais peut jouer milieu offensif. Son point fort, sa qualité de dribble et de conservation du ballon. Pour sa première saison, il s’installe en tant que titulaire au milieu de terrain aux côtés de De Bruyne et du milieu défensif Fernandinho. Comme De Bruyne, Silva est un adepte du demi-espace, mais c’est par son volume de course et ses décrochages qu’il a su embellir le jeu de Manchester City. Parce que l’adversaire ne peut jamais défendre sur des espaces vides, Bernardo Silva multiplie les courses. Statistique à l’appui, il a parcouru 13,7 kilomètres face à Liverpool début 2019. Personne n’a fait mieux cette saison en championnat. Ce volume de course s’explique par le fameux poste de faux numéro 9.
Le faux 9, un atout majeur
Fondé sur la possession du ballon, le système de jeu de Guardiola demande à ses joueurs plus de polyvalence. Bernardo Silva en est l’exemple parfait. Milieu offensif, attaquant droit et enfin faux 9, le portugais est un véritable couteau suisse. C’est dans ce dernier registre qu’il fait le plus mal à l’adversaire, et Guardiola l’a bien compris. Quand le buteur argentin Sergio Agüero quitte le club en 2021, l'entraîneur espagnol ne le remplace pas véritablement, préférant jouer avec un faux numéro 9 qui s’insère dans le cœur du jeu. Placer Bernardo Silva à ce poste lui permet de multiplier les décrochages pour demander le ballon, déséquilibrant ainsi la défense adverse. L’espace s’ouvre, et le joueur peut appeler.

Cette situation de jeu, les défenses de Premier League n’ont pas su y faire face. Ce poste de faux numéro 9, et la façon dont s’en est servi Bernardo Silva illustre très bien la domination tactique de ce Manchester City. Lors de l’exercice 2018-2019, l’équipe a inscrit 95 buts en 38 matchs de championnat. Un deuxième titre de champion d’Angleterre pour Guardiola qui en appelle d’autres. Car ce n’est pas qu’avec des joueurs talentueux comme Silva ou De Bruyne qu’une grande équipe se construit. Il s’agit d’un tout, d’un collectif fort, pouvant combiner, se comprendre sans se regarder.
Le jeu de positions
“Un une-deux est facile à couper mais le troisième homme c’est impossible à défendre.” Pep Guardiola
Sur le terrain, les joueurs sont positionnés dans les meilleures conditions par Pep Guardiola. C’est presque scientifique, mécanique. Comme pour le poste de faux numéro 9, le tacticien catalan organise ses hommes de la meilleure des façons pour faire déjouer l’adversaire. Le troisième homme en est l’exemple parfait. Un joueur dos à la défense qui en une touche de balle trouve un joueur face au jeu, prêt à aller vers l’avant. Ce jeu en triangle est très prisé par Guardiola.

Avec cette façon de jouer, le City de Guardiola est parvenu à rafler 6 titres de Premier League en 7 saisons. Bien sûr, la réussite de cette équipe ne se résume pas qu’à ses joueurs offensifs. Mais leurs positions ainsi que leur façon de jouer inculquées par Guardiola font de cette équipe l’une des meilleures du 21è siècle.